Pierre Aubert, l’artiste


Né en 1910 à la Vallée de Joux dans le Jura vaudois, Pierre Aubert fit plusieurs voyages en France –  notamment à Paris où il retourna régulièrement  –  avant de s’installer en 1962 à Romainmôtier. Il y vécut jusqu’à sa disparition en 1987.


Fidèle à la xylographie dont il a fait sa technique de prédilection, il a su témoigner de son fort attachement à sa terre natale. Ses paysages d’une force indéniable dépassent le pittoresque, sa connaissance pénétrante et sensible de la nature lui permettant de restituer la portée universelle de chaque lieu, de chaque détail : sapins, troncs et montagnes sont emblématiques et immuables. Emerveillé par le règne végétal, Pierre Aubert avait un désir insatiable de «tout croquer», comme il se plaisait à dire. C’est avec une attention constante qu’il observait les variations d’éclairage dues aux changements de temps ou de saison, cherchant à faire résonner la lumière comme, pour reprendre ses termes, «une mélodie qui charme l’oreille».


La rigueur et l’austérité de la gravure sur bois, loin de l’effrayer, lui permettaient d’atteindre une grande puissance expressive. Son œuvre gravé exprime avec peu de moyens l’essence graphique des choses. Il se décline en noir et blanc, en ombre et lumière (titre d’ailleurs d’un des albums majeurs de l’artiste, paru en 1941). Si l’on peut distinguer les gravures de jeunesse, identifiables au filet noir qui les encadre, des pièces sombres des années de guerre, puis des grandes planches de la maturité, l’ensemble témoigne d’une profonde cohérence qui fait sa force.


Pierre Aubert tenait à s’adresser à un large public. Il refusait d’intellectualiser son art et la création était pour lui liée au «faire». Ce solitaire s’est volontairement tenu à l’écart des modes artistiques de son siècle, cherchant à retranscrire sa propre vision du monde, empreinte de simplicité et d’humilité. L’originalité de son travail ne fait aucun doute: bien que la rigueur de son métier le rapproche d’autres graveurs sur bois – Bischoff ou Gonthier –, son écriture reste éminemment personnelle. Par un rythme de tailles étudié et des touches de caractères variés, Pierre Aubert use d’une facture à nulle autre pareille, d’une forte expressivité. La spécificité formelle et thématique de son œuvre gravé, sa richesse également – un millier d’estampes – placent Pierre Aubert parmi les figures marquantes de la gravure suisse du XXe siècle.